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Ouvrir un café avec le covid19 – mai 2020

J’ai ouvert un café. On fait comment, partant de rien? Ici, il est possible de retrouver les débuts de l’aventure: la planification, les idées et le réseautage.

Des institutions comme GastroSuisse proposent, par canton, des cours pour savoir comment ouvrir un café. Ils sont primordiaux voire obligatoires, si l’on n’a pas d’expérience ou que l’on ne peut pas compter sur l’expérience d’un·e membre de son équipe (pour autant que l’on ne soit pas seul·e). Ici, j’aimerais montrer une facette un peu différente de l’ouverture d’un café. Une histoire sensible, car personnelle, partagée. Et une histoire très factuelle, car composée de nombreuses étapes. Un récit très subjectif, issu d’une première expérience, qui ne doit pas être pensé comme un modèle, car de nombreuses choses n’ont pas été faites correctement – ou auraient pu être planifiées autrement (mieux). Ce récit se veut inspirant, ouvert, honnête, émotionnel. Il veut montrer une autre façon de voir, et de faire les choses.

Les mois de mars et avril sont passés à une vitesse folle. Le mois de mai est intense. Nous construisons le bar, finissons le podium et débutons la peinture et l’électricité.

Nous rassemblons tout le matériel dont nous avons besoin – tout est d’occasion: un frigo et une machine à laver la vaisselle d’un festival à Berne, les tables et les chaises d’un restaurant, des éléments de bar d’un autre bar, des jeux de société d’occasion, des lampes qui n’avaient pas trouvé d’acheteurs, une petite armoire de service, de la vaisselle (encore!), bref, mille choses que nous avions réservées et cherchées pendant les mois précédents, qu’il faut dès lors organiser. On ne veut pas d’un café-brocante, donc chaque objet a été soigneusement choisi, afin qu’il s’intègre dans la WerkStadt.

En mai, nous faisons se rencontrer nos hôtes, le personnel du café, rencontrés lors des entretiens en avril. Ils ne sont pas du personnel de service, car nous cherchions des personnalités voulant faire vivre l’endroit et les produits que nous proposons. Ainsi, nous avons engagé des hôtes, pour servir… nos hôtes (Gastgeberinnen-Gäste ; l’allemand est de ce point de vue plus riche que le français!). L’équipe est dynamique et riche en compétences. Seraina est polygraphe, elle nous aidera à créer le graphisme du menu. Anja est photographe. Simon a un passé de technicien constructeur. Stefan nous a aidé pendant tous les travaux et connaît les moindres recoins de l’espace. Pascale a un grand réseau sur Berne, tout comme Ital qui est étudiant à l’école hôtelière de Thoune. Toutes ces compétences sont un grand atout pour le café et font du lieu quelque chose d’unique.

Pour cette équipe motivée, nous planifions une soirée et deux journées de Team Building. C’était primordial pour nous: nous investissons beaucoup de temps dans la préparation de ces journées. Ce sont des journées d’échanges ainsi que d’apprentissage, car nous présentons le concept comme nous l’avons pensé et nous discutons de beaucoup de points qui sont encore ouverts et dont nous aimerions une décision commune à toute l’équipe.

Avec les beaux jours du mois de mai, nous reprenons une idée rejetée à plusieurs reprises, celle du fundraising. Nous n’avions pas le plaisir ni les moyens de lancer un crowdfunding pour ce projet. Pourtant, en mai, nous débutons un crowdfunding, analogue. Nous sortons une machine à café professionnelle (empruntée, encore une fois!) sur la terrasse côté route, dressons une table et des parasols et servons du café. Au prix libre. Nous vendons aussi des bons pour:

  • une semaine de cafés gratuits
  • un plateau apéro
  • un panier avec des produits du magasin
  • un cours de barista ou
  • une année de cafés gratuits.

Et c’est un vif succès. Nous pouvons rassembler plus de 5000.-, grâce aux passant·e·s et à notre réseau d’ami·e·s qui nous soutient beaucoup. Bien sûr, une grande partie des bons sera utilisée plus tard, ce qui induit une perte de gains future. Mais nous avions besoin de l’argent à ce moment-là.

Ital, étudiant à l’école hôtelière de Thoune, nous a aidé grandement pour ce crowdfunding. Alors qu’il n’avait plus de cours et qu’il était à la recherche désespérée d’un stage, il a toqué à notre porte. Nous avions besoin d’aide, c’était une situation parfaite pour les deux parties. Nous engagions alors un stagiaire, alors même que le café n’était pas ouvert. Il nous a soutenu pour la construction et l’organisation, il a lancé et organisé le crowdfunding, il a participé étroitement à l’élaboration des plannings pour le mois de juin et les mois qui suivirent. Cette idée du crowdfunding analogue est géniale. Elle n’a pas simplement permis de récolter plusieurs milliers de francs simplement, mais elle était une publicité importante pour le futur café qui allait ouvrir. Le lieu vivait déjà, alors qu’il était encore fermé. Pas tout à fait quand même, car les gens – curieux – se réjouissaient toujours de faire un tour dans les locaux. C’est pas souvent qu’on peut rentrer dans un café en construction. Nous n’avons rien à cacher.

Cette semi-ouverture a permis de développer nos contacts avec le quartier. Depuis, nous avons des hôtes qui viennent au quotidien. Nous avons pu développer d’étroits liens avec le quartier, ce qui est indispensable lors de l’ouverture d’un café. Le quartier est notre première clientèle. Aujourd’hui, nous ouvrons tous les matins en semaine à 8h et les mêmes personnes, du quartier, viennent prendre leur café quotidien.

Nos ami·e·s continuent à nous aider à créer ce lieu unique. Anne-Laure, la graphiste et designer du site web crée la dernière version, en couleur, de notre logo. Des dizaines d’amis nous soutiennent d’une manière ou d’une autre: financement des enceintes pour la musique, prise de contact pour du matériel et de la vaisselle, conception de fanions, transport de matériel et de boissons dans toute la Suisse, aide au nettoyage et ménage, dernières couches de peintures, conseils et soutien. Durant les deux semaines avant l’ouverture, nous avons pu profité de plus de 300 heures bénévoles d’ami·e·s et d’ami·e·s d’ami·e·s. Les gens sont généreux. Et la WerkStadt Lorraine leur appartient.

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